Message d'espoir
Des sculptures qui réclament la paix, des figurines représentant vos animaux de compagnie, deux livres qui ont marqué Matali Crasset et les actualités du moment.
LES INSPIRATIONS DE LA SEMAINE
15 MARS 2026
Patchwork est une newsletter d’inspiration autour de la décoration, du design, de l’art et de la créativité. Elle est née d’une envie simple : prendre du recul face à l’uniformisation des esthétiques et des discours, et repérer ce qui crée de la vie dans un décor.
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Luisa Maisel, la terre comme terrain de jeu et source de joie
Au Salon Maison & Objet en septembre, je m’étais arrêtée devant ce “Peace”, sculpté en grandes lettres de porcelaine. “Je voulais faire une pièce murale qui rassemble, que tout le monde puisse comprendre et lire de loin” me raconte Luisa Maisel, céramiste-sculptrice américaine installée à Nice, à l’origine de ce slogan qui résonne particulièrement par les temps qui courent.
Créées à l'origine pour la vitrine d’une galerie (pour qu’on puisse lire recto verso), ces lettres flottantes ont happé de nombreux regards. C’est la forme fragile et éphémère de ces ballons d’anniversaire qui redonne instantanément au mot toute sa densité. “Peace”, c’est un mot particulier, que l’on “jette” un peu partout spontanément, un mot à la fois très répandu, léger, lourd de sens… C’est dans le contraste contenu/contenant que réside toute la subtilité de cette œuvre : délicatesse VS force, jeu VS gravité.
Les faire flotter comme ça, comme des gros bijoux, avec une lanière en fil d’or et des perles, a permis à Luisa Maisel, enfant des années 60 qui a grandi à New York, de redonner à ce mot ses lettres de noblesse. “Il faut fêter ce “PEACE”, il faut le voir en grand.”

Luisa Maisel est une artiste plurielle, qui travaille des formes très différentes depuis 45 ans. Des objets fonctionnels, décoratifs, sculpturaux, symboliques… Son travail évolue au fil de sa carrière, mais la ligne directrice est la terre, toujours. “Je suis fascinée par la transformation de la terre. Cette matière est très symbolique : elle touche à l’origine, à quelque chose d’archéologique. Elle passe du liquide au solide, du sale au propre, du rugueux au brillant, du mou au dur, de la boue au sublime.”
En 2020, quand tout s’arrête, Luisa Maisel se met à créer des vases. Ses “colorful confinement vases”, c’était pour elle “une manière de jouer, d’expérimenter sur la couleur, la porcelaine, les formes. Je ne fais que des pièces uniques, pas de moulage, pas de tour, c’est de la construction à la main.” Ses vases semblent se mouvoir. “Par accident, je les ai déformés dans le four car ils sont très fins. J’ai tellement adoré la déformation que je l’ai poussée encore plus loin pour leur donner un côté plus organique, plus souple et plus plastique, comme s’ils bougeaient.”

Céramiste, un travail solitaire ? Pas tant que ça, pour Luisa Maisel. “Je ne dirige pas tout, j’ai un co-directeur, mon four !”
On le sait, en céramique, la cuisson a un immense rôle à jouer. Luisa Maisel cuit ses pièces au bois, en électrique, en réduction de gaz, en oxydation… “Je varie aussi la cuisson en fonction des types de porcelaine que j’utilise. C’est pour ça que je pars en résidence en Chine et au Japon, pour expérimenter d’autres températures et procédures de cuisson.”
Elle dit même “s’acharner” sur les pièces dans les cuissons, une manière pour elle de ne jamais “lâcher” une pièce.
“Ce n’est pas qu’un objet décoratif. Donc je continue pour essayer de sortir une création sentimental, qui nous touche au cœur. Je commence avec un biscuit, après je rajoute de la terre, des engobes, de la peinture. Je rajoute des émaux mats ou satinés, pour donner une autre profondeur. Je rajoute des couches et des couches. Comme un peintre qui travaille à l’huile.”
Un vase peut passer une centaine d’heures au four.
Les résidences à l’étranger ont une place importante dans le processus créatif de Luisa Maisel. “C’est une immersion totale dans la matière, c’est à la fois flippant et magique” me confie-t-elle.
“Tu travailles des terres que tu ne connais pas, dans des fours que tu ne connais pas, avec des gens que tu ne connais pas. Ça te pousse forcément à te renouveler : car pourquoi aller jusque là-bas pour faire la même chose que chez toi ?”
C’est d’autant plus important car si on ne s’octroie pas ces zones d’inconfort, on revient toujours aux mêmes gestes, qui sont inscrits en nous automatiquement. Un peu comme quand on cuisine toujours la même chose.
Quand Luisa part en Chine ou au Japon, elle a systématiquement l’impression qu’elle va se renouveler, “devenir une autre moi-même”. “Mais en fait, on est toujours nous-mêmes ! C’est simplement qu’on est plus humble devant la matière.” C’est expérimental.
Cet été, elle sera exposée à Taïwan. Son installation, “Another dinner party”, rend hommage à The Dinner Party de Judy Chicago, une exposition féministe des années 70 qui mettait en scène un dîner avec 39 femmes influentes du monde comme la reine pharaon Hatchepsout, l’abbesse Hildegard de Bingen et l’artiste américaine Georgia O’Keeffe. Une œuvre que Luisa Maisel découvre à 20 ans, en 1979, au Museum of Modern Art à New York. C’est devant ces trois tables que Luisa Maisel décide de devenir artiste céramiste. La boucle est bouclée.

“J’ai été profondément touchée par ce “masterpiece”. L’art peut être égoïste : on se montre, on se met en avant, on parle de soi. Cette œuvre en revanche parlait des autres. Judy Chicago a mis en avant des bonnes sœurs, des écrivains, des danseuses… Elle a tendu la main à toutes ces femmes pour les ré-inviter à la surface, leur faire parler. C’est d’une gentillesse, d’un respect extraordinaire !”
Son installation, Another Dinner Party, est dédiée aux femmes artistes qui ont influencé sa vie et son travail aujourd’hui. Cela donne une table de 6 mètres de long, 39 assiettes, 39 tasses et 39 cuillères : chaque série est un hommage à une femme en particulier : Louise Bourgeois, Lee Krasner, Frida Kahlo, Julie Mehretu, Marina Abramović, Louise Nevelsen, Yayoi Kusama…
Je suis persuadée que Luisa Maisel a un peu de Judy Chicago en elle. Sur les photos qui présentent ses objets, elle essaye le plus possible d’être en mouvement. Sa nièce, en photographiant l’une des séries, lui disait “Arrête de bouger !” et Luisa de rétorquer : “Non, j’ai besoin de ce mouvement, de ce flou, cela mettra davantage les pièces en valeur.” La “faiseuse” est bien là, on l‘aperçoit, mais elle ne compte pas autant que ce qu’elle crée.
3 objets repérés sur internet
1) Ces minis sculptures qui représentent vos animaux de compagnie. Pour vos copains, soeurs, voisins-qui-sont-devenus-vos-amis qui sont fans de leur labrador/berger allemand/braque de Weimar. Le compte Instagram est génial. (je n’ai pas encore réussi à joindre la personne derrière le compte pour connaitre les tarifs).
2) Le coquetier rouge de la collection “Vague à table” de Maison Mic Mac. Plein d’autres couleurs. 20€. Et l’oeuf et ses mouillettes deviendront encore meilleurs…
3) La petite lampe portable en travertin de la marque danoise Blossholm. 179€ en ce moment.
Dans la bibliothèque des créatifs
Que lisent les créatifs ? Si vous êtes curieux comme moi, cette nouvelle rubrique devrait vous plaire.
Régulièrement, je poserai deux questions aux designers, artistes, artisans que j’aime :
1- Quel est votre livre boussole, qui vous inspire et vous nourrit ?
2- Quel livre vous a bousculé, vous a fait changer de regard sur un sujet (lié de près ou de loin à l’architecture, design, art, création)
On commence aujourd’hui avec Matali Crasset, une designer engagée pour la culture, qui se bat, entre autres, contre l’idée de maison confort.
Le livre qui l’inspire :
Le livre qui l’a bousculée :
Sur mon compte Instagram, vous trouverez les 4 livres sur l’artisanat textile conseillés par Clémence Dumont, Directrice Artistique de Simrane.
Actus & bons plans
À Paris, Bâtir Vivant Biennale du 2 au 12 avril. L’Institut pour un Design Soutenable vous invite à redécouvrir la puissance du mot « Bâtir ». Comment bâtir vivant puisque l’humanité ne peut pas vivre sur une planète polluée ? Des solutions design 100% sans empreinte plastique pour un avenir respectueux du vivant seront présentées au 10 rue Lincoln 75008 Paris.
“Une saison à la campagne”, c’est la nouvelle exposition-vente d’Empreintes Paris. L’occasion de célébrer un paysage familier et lumineux, peuplé d’animaux espiègles, d’objets du quotidien réinventés et de clins d’œil aux plaisirs simples - ceux qui sentent bon la terre et le café du matin. Du 12 mars au 18 avril.
Après 21 ans, la boutique historique de Muskhane, la marque aux objets en feutre, ferme ses portes pour déménager pas très loin. La boutique de la rue Pastourelle fermera le samedi 21 mars au soir.
D’ici là, vous pourrez profiter des prix tout doux sur l’ensemble de la boutique.À Bruxelles, au MAD, l’exposition Home Sweet Home par Object with love fait honneur aux nichoirs. “In times when digital distractions are becoming ever more dominant, something as seemingly simple as a birdhouse offers a meaningful way to reconnect with nature. It symbolizes love, safety, warmth, and care. It’s a refuge, but also a dream. At the same time, a birdhouse is a miniature form of architecture. A temporary shelter, made by humans for another living being. It raises fundamental questions. What does “home” mean today? How long can we stay in one place? What does migration mean in a constantly moving world ?”
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