On va où ?
Des personnages qui vous embarquent dans un monde enchanteur, des idées pour utiliser vos restes de peinture et un livre pour commencer votre transition écologique avec joie et humour.
LES INSPIRATIONS DE LA SEMAINE
22.05.2026
Bienvenue dans le monde onirique de Fantine Isis
La première chose que j’ai aimée dans les dessins de Fantine Isis, c’est le mouvement de ses personnages. Qu’ils marchent, s’enlacent, tourbillonnent ou dansent, ils semblent toujours aller de l’avant.
Leur allure aussi, faite d’étoffes fantasques, de bottes géantes et de bras aimants, ne laisse pas indifférent. Un vestiaire qui tient presque du conte. « Le dessin est muet, alors le costume est une manière de faire parler le personnage », m’explique-t-elle. Vous noterez qu’elle parle de « costume » et non de vêtements. C’est précisément ce détail qui m’a plu car il laisse de la place à la fantaisie.
Fantine Isis est une artiste haute en couleur qui s’exprime via le dessin, le textile, la céramique et la gravure. « Le médium est pour moi comme une terre malléable, qui finit toujours par faire ressurgir ma mythologie personnelle. Il vient raconter ce que je vis, ou bien des histoires imaginaires. Je ne sais pas vraiment ce que je veux raconter d’ailleurs, j’ai surtout un besoin primaire de vivre cet univers. Qu’il se matérialise. »
« C’est comme si j’avais envie de me créer une petite maison dans laquelle je peux rentrer tous les jours, pour être en totale sécurité dans un monde que je me suis inventé, entourée de personnages qui prennent soin de moi. C’est un peu comme ça que je le vois.
Et en même temps, il y a aussi l’autre revers de la pièce, car j’ai l’impression que le dessin n’est pas toujours quelque chose de fluide ou de confortable. Je sens de la nostalgie dans mes dessins, une nostalgie d’ailleurs, ou dans ma vie. Tout ça s’entremêle un peu.
Donc c’est un refuge, mais un refuge dans lequel je suis aussi confrontée à mes monstres. »
Ce monde bien à elle ne s’est pas construit en un jour. D’abord étudiante en graphisme (« C’était difficile. J’ai appris beaucoup de choses mais j’étais en échec scolaire parce que ça ne me correspondait pas. J’avais besoin de faire ressortir le monde qui existait en moi à travers quelque chose de plus plastique. ») elle rejoint ensuite La Cambre, en image imprimée. Là, elle découvre la gravure, et plus particulièrement la technique de l’eau-forte, un procédé lent, minutieux, qui demande plusieurs étapes avant de révéler l’image finale. « L’atelier de La Cambre était charmant. Il se trouvait sous les combles. C’était comme un petit endroit secret où l’on fabriquait des images, où l’on déterrait des trésors. »
L’âme du lieu, la lenteur du processus, le soin porté à chaque étape, le geste de la pointe sèche… tous ces détails plaisent à Fantine Isis qui, peu à peu, trouve sa place. « Je pouvais créer un monde minuscule, fourmillant de détails. » C’est aussi à ce moment-là que ses personnages apparaissent, jaillissent même, de ses mains et de son esprit. « C’était quelque chose d’archaïque, presque archéologique, comme si je les avais trouvés dans la terre. » À l’époque, ils étaient encore nus. Une naissance, en bonne et due forme, donc !
Petit à petit, ses personnages sans genre particulier s’échappent de la gravure pour investir l’espace. Ils deviennent plus que des poupées que l’on habille. Des gardiens protecteurs. Pour une exposition d’art contemporain, ils font escale, un temps, à la chapelle d’Amanzé, revêtus de textiles scintillants. Lors de la sortie du livre Parade des sens, c’est sur papier qu’ils prennent vie pour décorer les murs de la librairie parisienne La Régulière. « J’aime l’idée de faire sortir les dessins de leur cadre classique, de la feuille, pour les faire entrer dans le réel ».
Une chose est certaine : chez elle, les personnages font toujours de belles enjambées, des grands écarts, comme s’ils passaient de l’enfance au monde adulte. Comme s’ils nous emmenaient toujours quelque part. Mais où ? Eux seuls le savent.
« Avant de dessiner, j’ai une scène en tête dans laquelle le personnage est toujours en train de faire quelque chose. Je ne suis pas une grande technicienne du dessin, alors parfois je veux leur faire prendre une certaine posture et, finalement, ils en prennent une autre. Comme si c’étaient eux qui décidaient. Et ça me plaît, cette idée qu’ils soient vivants. »
La musique joue aussi un rôle essentiel dans son travail, les bandes originales de films, la musique orchestrale ou classique accompagnent et rythment ses dessins. « J’aime mêler le dessin et la musique. Ça crée énormément d’images narratives dans ma tête. »
Extrait de la musique de Magicien d’Oz.
Fantine Isis revient souvent aux films de son enfance — E.T., Matilda, Casper. « Ces musiques me rendent mélancolique mais elles m’imbibent aussi profondément. Je regarde encore ces films aujourd’hui parce que, pour moi, ce sont des chefs-d’œuvre. Ils appartiennent à une époque révolue, à mon enfance. J’ai secrètement envie que mon univers et mes dessins soient traversés par cette ambiance cinématographique et musicale. » J’avais en effet adoré entendre la BO de Peau d’Âne ou du Magicien d’Oz dans ses stories Instagram.
Après avoir voyagé, ses personnages retrouvent le chemin de la petite chambre de bonne qui lui sert d’atelier. Sur les murs, l’artiste a dessiné des plantes, cela crée « comme un jardin que je garde toujours en face de moi ». Son antre créatif est rempli d’objets glanés au fil du temps. « J’ai une tendance animiste : je vois de la vie dans les objets qui m’accompagnent. Ici, il y a beaucoup de couleurs, des dessins, des cartes postales, des pierres, des images d’art allant de l’Égypte antique à Miró, et surtout énormément de livres. Les livres me rassurent ! »
Lorsque j’ai interviewé Fantine, elle revenait du Salon international du livre jeunesse de Bologne en Italie. Elle ne m’a rien dit, mais peut-être espérez-vous secrètement, comme moi, qu’un nouveau livre soit en préparation ?
Dans le cahier d’inspiration de Fantine Isis, il y a :
Marc Chagall, depuis toujours. « Ce que j’aime, c’est que je ne sais pas pourquoi j’aime ».
L’art brut et l’art naïf, « cet art qui échappe aux contextes intellectuels ou élitistes ».
Augustin Lesage, Aloïse Corbaz, mais aussi Matisse, Bonnard, Monet ou les Fauves et les artistes qui racontent des histoires à travers les personnages et les décors, comme David Hockney ou Edward Hopper.
Niki de Saint Phalle : « Je la connaissais depuis longtemps, mais je me suis vraiment plongée dans son travail il y a deux ans. Quand je l’écoute parler, je comprends tout ce qu’elle dit, comme si ce qu’elle disait résonnait avec ma démarche et manière de créer. Ce n’est pas que j’aime tout ce qu’elle fait ou que je l'idolâtre, mais il y a une forme de brutalité, de sincérité, une manière d’explorer tous les médiums, qu’on peut appeler art total, qui me touche particulièrement. Elle s’est créé un monde qu’elle explore, elle s’est servi de l’acte de créer pour transcender certaines émotions et traumatismes qu'elle a vécus. Elle bien sûr, elle a créé le Jardin des Tarots, en Toscane, cet immense parc de sculptures au milieu des oliviers. C’est l’une des plus belles expériences artistiques que j’ai vécues. Ça va au-delà de l’art : c’est immersif, c’est beau, c’est pour tout le monde. Pour moi, c’est ça l’art. »
Les ouvrages qui l’accompagnent :
Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett, « pour cette idée de réalisme magique où un simple jardin devient un territoire d’imagination ».
La Voie du sentir de Luis Ansa, « un livre-guide qui invite à redescendre dans le corps et les sensations, au-delà des croyances figées dans le mental. C’est un livre vivant qui se lit plusieurs fois dans la vie ».
Le Miroir d’ambre, troisième tome de À la croisée des mondes, « pour l’aventure, la quête, l’écriture et les portes intérieures que ce livre m’ouvre à chaque chapitre ».
Et enfin Conversation avec Kitty Crowther, un ouvrage qui « m’a fait beaucoup de bien et qui m’accompagne dans le métier d’artiste. Il aide à se sentir moins seule avec tous les doutes que cela implique ».
Ses livres parus :
Parade de sens, Fantine Isis, éditions Ion, 2026, 10€
Roue libre, Fantine Isis, Waknine, 2024, 10€
Créer avec ses restes de peinture,
chez Caroline D.
On peut distribuer des touches de poésie avec les fonds de pots de peinture. La preuve chez Caroline D., qui a fait des frises pour la chambre de ses filles. Un pattern tulipe bleue / rond rouge pour l’une, des demi-lunes pour l’autre.
C’est ensuite sur un bête abat-jour blanc qu’elle s’est exprimée, en s’inspirant des dessins et du travail de Beatriz Garrigo. Puis sur une armoire, d’après une photo trouvée sur Pinterest. En effet, suivre un modèle aide à prendre confiance, c’est la première étape avant la création 100% personnelle.



Inspirée par l’article sur le meuble IVAR d’IKEA, Caroline D. vient de terminer un nouveau rangement pour les livres des enfants, dans le même ton que la frise tulipe. Il ne reste plus qu’à l’accrocher au mur pour l’effet flottant.
Vous êtes prêt pour le bouquet final ? Toute cette peinture lui a donné envie de s’attaquer au carrelage gris-beige un peu triste de sa salle de bain. Quelques nouveaux pots de peinture plus tard, voilà le résultat.
Même pas peur, aujourd’hui, avec une bonne accroche, on peut tout peindre !
… rien, juste à me servir des objets que j’ai déjà
Wite, le mouvement fondé par Maud Zilnyk et Violaine Belle-Croix — un compte Instagram écolo mais qui donne jamais le bourdon — vient de sortir un petit livre, L’objet de la transition, aux éditions Éditions Gisserot. Elles y répertorient tous les objets du quotidien qui ont changé leur vie, « qui nous ont fait économiser de l’eau ou de l’énergie, qui nous ont ouvert les yeux sur une pratique vertueuse. »
Mes objets préférés :
Le balai (mes enfants dorment toujours quand je suis prise d’une envie de passer l’aspirateur, et ça me détend).
Le boudin de porte (mais seulement s’il ressemble à Nickel le teckel, livre pour enfants recommandé pas plus tard qu’hier par Caroline D., toujours la même. Il ferait partie de cette catégorie de livres je-l’achète-autant-pour-moi-que-pour-mes-enfants).
Le torchon : j’en chine à deux euros dans les brocantes, souvent vendus par lots. Les classiques blancs à rayures rouges, ou d’autres plus audacieux. Avec, toujours, une matière qui sèche et essuie vraiment..
Et vous ?
L’objet de la transition, aux éditions Éditions Gisserot, 10€.
Le mot de la fin
Cette semaine, en même temps que l’écriture de cette newsletter, j’ai lu Que savions-nous faire de nos mains ? Toutes les paroles de Feu! Chatterton. Je n’avais pas lu de poèmes depuis mes années de collège, et croyez-moi, ça repose un esprit “algo-rythmé”.
Plusieurs pages m’ont fait penser à l’objet de ce mail et à l’univers de Fantine Isis. Je vous les mets là, au cas où vous aimeriez partir en week-end avec quelques-unes de ses phrases. Allons voir !


























